L’importance de la recherche sur la géométrie du corps humain

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Dr Zhu Weimin

Résumé

Depuis longtemps, la médecine traditionnelle chinoise appréhende principalement le corps humain à travers les théories du Yin et du Yang, des Cinq Éléments, des organes et des viscères, des méridiens, du Qi et du sang. La médecine moderne, quant à elle, s’appuie essentiellement sur l’anatomie, la physiologie, la biochimie et la biologie moléculaire pour expliquer les maladies et les mécanismes thérapeutiques. Cependant, le corps humain n’est pas seulement un système vivant constitué de tissus, d’organes et de fonctions physiologiques : il est également une structure géométrique possédant des formes, des positions, des orientations, des proportions, des symétries, des croisements et des correspondances spatiales spécifiques. Or, l’existence éventuelle de correspondances morphologiques et de relations spatiales stables entre les différentes parties du corps humain n’a pas encore fait l’objet d’études systématiques.

La découverte et l’application clinique de la technique 3C montrent que le raisonnement logique géométrique peut être utilisé pour rechercher les correspondances entre des régions corporelles éloignées, puis pour les vérifier dans la pratique clinique. La démarche fondamentale de cette recherche est la suivante : formuler tout d’abord une hypothèse à partir de la morphologie et de la structure spatiale du corps humain, puis en déduire les régions susceptibles d’être mises en correspondance ; procéder ensuite à leur localisation, leur stimulation, leur comparaison et leur vérification clinique. De nombreuses observations cliniques suggèrent qu’il existe effectivement des lois précises de correspondance géométrique entre certaines parties du corps humain, ce qui peut se résumer par la formule : « La forme est une information, la position a une signification. » Par conséquent, la création et le développement d’une recherche consacrée à la géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise revêtent une importance majeure pour élargir les théories de la médecine chinoise, mettre en évidence les lois de l’analgésie par acupuncture et améliorer la standardisation ainsi que la précision des traitements cliniques.

Mots-clés : géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise ; technique 3C ; raisonnement géométrique ; correspondances corporelles ; acupuncture ; soulagement précis de la douleur

I. Une médecine dépourvue de géométrie pourrait être une médecine incomplète

Pourquoi peut-on affirmer qu’« une médecine dépourvue de géométrie est une médecine incomplète » ?

La géométrie est une branche importante des mathématiques. Elle étudie la forme, la position, l’orientation, la distance, les proportions, la symétrie ainsi que les relations spatiales des objets. Les mathématiques ne constituent pas seulement un outil de calcul ; elles représentent également une méthode permettant de découvrir des lois, d’établir des modèles et de mener des raisonnements logiques. Au cours du développement de la physique moderne, de nombreuses théories majeures ont d’abord été formulées à partir de déductions mathématiques, avant d’être confirmées par l’observation ou l’expérimentation. Autrement dit, les découvertes scientifiques ne résultent pas toujours d’une accumulation répétée d’expériences. Elles peuvent parfois partir de relations logiques, conduire à la formulation d’une hypothèse vérifiable, puis être confirmées ou réfutées par les faits.

Par exemple, en géométrie plane, la somme des angles intérieurs d’un triangle est égale à 180 degrés. En revanche, sur une surface sphérique, la somme des angles intérieurs d’un triangle formé par des lignes géodésiques peut être supérieure à 180 degrés. Lors de mesures effectuées à grande échelle à la surface de la Terre, cet écart peut révéler la courbure de la surface terrestre. La compréhension de la forme de la Terre s’est développée au cours d’une longue période historique, et les mesures géométriques ont fourni des éléments importants permettant de reconnaître et de confirmer sa forme sphérique. Cet exemple montre que des différences spatiales minimes, mais constantes, peuvent contenir des informations essentielles sur la forme d’un ensemble.

Le corps humain est lui aussi une structure tridimensionnelle complexe. Il présente une symétrie entre la gauche et la droite, une organisation entre les parties supérieure et inférieure, des rapports entre flexion et extension, entre faces interne et externe, entre régions antérieure et postérieure, ainsi que des croisements diagonaux, des similitudes proportionnelles et des relations entre différentes parties du corps, ou encore entre une partie et l’ensemble du corps. Si la médecine étudie uniquement les tissus qui composent le corps humain et les fonctions physiologiques de ses différents organes, sans examiner systématiquement les correspondances spatiales entre ses différentes régions, notre connaissance du corps humain demeure incomplète.

L’anatomie nous apprend « de quoi le corps humain est constitué » ; la physiologie étudie « comment il fonctionne » ; la pathologie explique « pourquoi les maladies apparaissent » ; la géométrie du corps humain cherche, quant à elle, à étudier plus précisément « quelles relations spatiales existent entre les différentes formes et positions du corps ». Elle ne vise pas à remplacer les disciplines médicales existantes, mais à compléter et à élargir notre système de connaissances sur le corps humain.

II. La naissance de la technique 3C trouve son origine dans un raisonnement logique géométrique

La technique 3C, c’est-à-dire la technique du « Croisement et de la Correspondance Corporelle », n’a pas été élaborée à partir des indications thérapeutiques fixes d’un point d’acupuncture traditionnel particulier. Elle est née d’une réflexion géométrique suscitée par une observation clinique.

Au cours d’un traitement, j’ai utilisé les points Guguan, Muguan et Zhongguan de l’acupuncture de Maître Tung, situés sur la paume de la main à proximité du poignet, pour traiter un patient souffrant d’une douleur du calcanéum du côté opposé. Le résultat a été extrêmement rapide et manifeste. Cette observation m’a conduit à me poser la question suivante : pourquoi la stimulation de cette région produit-elle un effet particulièrement remarquable sur la douleur du talon controlatéral ?

Si l’on se contente de suivre l’expérience traditionnelle, il est possible de retenir simplement que « tel point peut traiter la douleur du talon » et de continuer à l’utiliser ultérieurement. Cependant, cela ne constitue encore qu’une expérience isolée, qui ne permet ni d’expliquer la raison de son efficacité ni d’en déduire d’autres lois.

L’observation de la morphologie du corps humain révèle que, lorsque l’être humain prend appui sur ses quatre membres, la région palmaire située à proximité du poignet et le talon présentent certaines similitudes morphologiques et occupent des positions fonctionnelles comparables. Il est alors possible de formuler une hypothèse géométrique : pourrait-il exister une correspondance particulière et stable entre des régions corporelles présentant des formes similaires ?

Si cette hypothèse est correcte, le pouce gauche devrait correspondre au gros orteil droit, l’index gauche au deuxième orteil droit, et les autres doigts devraient également correspondre successivement aux autres orteils. Il ne s’agit donc plus de mémoriser l’indication thérapeutique d’un point particulier, mais d’effectuer une déduction logique à partir de la morphologie et de l’organisation spatiale du corps humain.

Au moment même où je réfléchissais à cette question, une infirmière qui se trouvait près de moi m’a signalé une douleur sur la face dorsale de son pouce gauche. En suivant immédiatement le raisonnement exposé ci-dessus, j’ai pratiqué une puncture horizontale sur la face dorsale de son gros orteil droit. La douleur a disparu aussitôt, avec une rapidité comparable à celle observée précédemment lors du traitement de la douleur du talon. Par la suite, les correspondances entre les doigts et les orteils, entre les métacarpiens et les métatarsiens, ainsi qu’entre d’autres régions corporelles, ont été progressivement vérifiées dans la pratique clinique.

Le processus ayant conduit aux premières découvertes de la technique 3C suit donc un ordre méthodologique très clair :

Une observation clinique suscite une interrogation — observation de la morphologie du corps humain — formulation d’une hypothèse géométrique — déduction des régions correspondantes — vérification clinique — correction et établissement des lois de correspondance.

Il s’agit d’une méthode de recherche dans laquelle le raisonnement logique géométrique précède la vérification par l’expérimentation clinique.

III. La forme est une information, la position a une signification

Dans la recherche sur la technique 3C, l’efficacité thérapeutique ne dépend pas seulement du membre ou de l’os choisi, mais peut également être liée à la localisation précise du point de stimulation.

Par exemple, un de mes amis présentait une douleur située entre les quatrième et cinquième métacarpiens. Selon les correspondances entre la main et le pied, la région théoriquement correspondante devait se trouver entre les quatrième et cinquième métatarsiens du côté opposé. Afin de vérifier la précision de cette localisation, j’ai d’abord délibérément effectué une stimulation entre les troisième et quatrième métatarsiens, sans obtenir d’effet manifeste. J’ai ensuite ajouté un point de stimulation entre les quatrième et cinquième métatarsiens, et la douleur a immédiatement disparu.

Cette comparaison montre que l’effet thérapeutique ne résulte probablement pas de la stimulation d’un emplacement quelconque du pied, mais qu’il est étroitement lié à la précision de la position correspondante. Bien que les espaces situés entre les troisième et quatrième métatarsiens et entre les quatrième et cinquième métatarsiens soient très proches, ils représentent des positions spatiales différentes. Dès que la localisation s’écarte du point exact, la correspondance peut ne plus être valable.

Des phénomènes similaires sont également observés entre certains repères osseux. Ainsi, un raisonnement géométrique fondé sur la structure du corps humain permet de supposer l’existence d’une correspondance entre le sommet du processus styloïde radial et le sommet de la malléole latérale du côté opposé. La pratique clinique suggère que cette correspondance existe et qu’elle est extrêmement précise. Si le point de stimulation s’écarte de la position exacte du repère osseux, ne serait-ce que de quelques millimètres, l’effet peut diminuer considérablement, voire disparaître complètement. Cela montre que, dans certaines correspondances corporelles, la « région » n’est pas seule à être importante : l’orientation et la localisation exacte le sont tout autant. Cette observation m’a conduit à établir le principe de correspondance corporelle afin de permettre une localisation précise.

Nous proposons donc la formule suivante : la forme est une information, la position a une signification.

Cette phrase n’est pas une simple figure de style abstraite, mais l’expression d’une conception structuraliste pouvant être vérifiée par des comparaisons cliniques. La morphologie, l’organisation et la position spatiale du corps humain peuvent transmettre des informations spécifiques. La signification thérapeutique d’une région corporelle ne tient peut-être pas uniquement à son appartenance à un méridien ; elle pourrait surtout résulter de la position géométrique particulière qu’elle occupe dans la structure globale du corps humain.

De ce point de vue, le corps humain n’est pas un simple assemblage de nombreuses régions isolées les unes des autres, mais une structure globale organisée selon des niveaux, un ordre et des relations de correspondance. Une modification de la position locale peut changer la signification de cette région au sein de l’ensemble. Différentes régions peuvent, quant à elles, être reliées par des structures de similitude, de symétrie, de croisement ou d’inversion.

IV. Les correspondances corporelles doivent être systématiquement découvertes par le raisonnement géométrique

Si l’on s’appuie exclusivement sur l’expérience clinique, on peut découvrir fortuitement qu’un point d’acupuncture est capable de traiter une douleur située à distance. Cependant, il est difficile de déduire rapidement tout un système à partir d’une expérience isolée.

Par exemple, lorsqu’une région de la main permet de traiter une douleur du pied, de nombreuses questions doivent ensuite être résolues :

  • Comment la paume de la main correspond-elle à la plante du pied ?

  • Comment le dos de la main correspond-il au dos du pied ?

  • Le pouce correspond-il au gros orteil, l’index au deuxième orteil, et ainsi de suite ?

  • Quelle relation existe-t-il entre le côté radial et le côté fibulaire, ainsi qu’entre le côté ulnaire et le côté tibial ?

  • Les parties proximale et distale doivent-elles être inversées ?

  • La correspondance entre les côtés gauche et droit est-elle homolatérale ou croisée ?

  • Comment convertir avec précision les faces de flexion et d’extension, ainsi que les faces médiale et latérale ?

  • Comment localiser les sommets osseux, les bords articulaires et les espaces interosseux ?

  • Le cou, le tronc et les membres obéissent-ils exactement aux mêmes lois de correspondance ?

Il est impossible de répondre complètement à ces questions en mémorisant uniquement les indications thérapeutiques traditionnelles des points d’acupuncture. Il est nécessaire de les analyser à l’aide de concepts géométriques tels que la similitude, la symétrie, la proportion, la projection, la rotation, l’inversion et le croisement.

Certaines lois d’« inversion » propres à la technique 3C ont ainsi été initialement formulées par raisonnement logique, avant d’être vérifiées dans la pratique clinique. La découverte des relations croisées du cou résulte elle aussi de l’association de l’analyse géométrique et de la pratique clinique. Grâce à cette méthode, une observation clinique peut être transformée en hypothèse ; cette hypothèse permet ensuite de déduire une série de nouvelles correspondances, dont chacune peut faire l’objet d’une vérification clinique.

Lorsque la position déduite est efficace, elle renforce l’hypothèse initiale. Lorsqu’elle ne l’est pas, il convient de vérifier si une erreur a été commise dans le niveau de correspondance, l’orientation, la face corporelle ou le mode d’inversion, puis de corriger le modèle en conséquence. Cette démarche permet à la recherche en acupuncture de la médecine traditionnelle chinoise de dépasser progressivement la simple accumulation d’expériences pour s’engager dans une voie méthodologique structurée : formuler une hypothèse — procéder à sa vérification — corriger les lois — constituer un système.

Sans recourir au raisonnement mathématique et géométrique, et en s’appuyant uniquement sur des expériences cliniques fragmentaires, il est extrêmement difficile d’établir une technique antalgique qui soit à la fois rigoureuse, précise, efficace et systématisée.

V. La géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise peut fournir un nouveau cadre explicatif à l’acupuncture

Depuis longtemps, les mécanismes d’action de l’acupuncture sont principalement expliqués à l’aide de l’anatomie, de la physiologie, des neurosciences, de la biochimie et de la biomécanique modernes. Ces recherches sont extrêmement importantes et ont mis en évidence de nombreux processus biologiques susceptibles d’intervenir dans les effets de l’acupuncture, notamment la neuromodulation, l’analgésie endogène, les réactions tissulaires locales et l’intégration par le système nerveux central.

Cependant, ces théories ne permettent pas nécessairement d’expliquer complètement tous les phénomènes cliniques. À elles seules, elles peuvent notamment difficilement répondre aux questions suivantes : pourquoi un point précis, éloigné de la région douloureuse, peut-il modifier très rapidement la douleur ? Pourquoi un léger déplacement du point de stimulation peut-il entraîner une diminution manifeste de l’efficacité thérapeutique ? Pourquoi des formes similaires, des positions symétriques, des structures croisées et certains repères osseux précis présentent-ils des relations cliniques relativement stables ?

Le fait que les théories actuelles ne permettent pas encore d’expliquer pleinement un phénomène ne signifie pas que celui-ci n’existe pas. De même, cela ne justifie pas de nier la valeur de la médecine existante. Une attitude plus rationnelle consiste à développer une nouvelle perspective de recherche et à utiliser des méthodes rigoureuses pour déterminer si ces phénomènes sont réels, stables et reproductibles.

La géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise ne cherche pas principalement à déterminer si un point de stimulation contient une substance particulière. Elle s’intéresse plutôt à la position occupée par ce point dans la structure globale du corps humain, ainsi qu’à ses relations morphologiques et spatiales avec la région douloureuse. Son objet d’étude est donc la « relation » elle-même, notamment :

  • les correspondances entre des formes autosimilaires ;

  • les transformations entre des formes non similaires ;

  • les croisements entre la gauche et la droite ;

  • les projections entre le haut et le bas ;

  • les inversions entre les parties proximale et distale ;

  • les relations de localisation entre les faces de flexion et d’extension, ainsi qu’entre les faces médiale et latérale ;

  • les relations spatiales entre les repères osseux, les articulations et les tissus mous ;

  • les lois de correspondance entre les structures locales et l’ensemble du corps humain.

Cette orientation de recherche peut apporter à l’acupuncture une troisième perspective, distincte des explications fondées sur les méridiens et des interprétations biomédicales : comprendre le corps humain à partir de sa morphologie, de ses positions et de ses relations structurelles.

VI. L’intérêt concret du développement de la recherche sur la géométrie du corps humain

1. Favoriser l’innovation théorique en médecine traditionnelle chinoise

La géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise ne consiste pas simplement à attribuer de nouvelles indications thérapeutiques aux points d’acupuncture traditionnels. Elle cherche à déterminer s’il existe, au sein même du corps humain, un ensemble de lois spatiales susceptibles d’être déduites et vérifiées. Elle pourrait ainsi élargir la conception traditionnelle chinoise de la globalité du corps et permettre à l’idée selon laquelle « le corps humain constitue un ensemble organique » de dépasser la simple description philosophique pour se concrétiser sous la forme de relations structurelles pouvant être localisées, mesurées, comparées et vérifiées.

2. Améliorer la précision des traitements par acupuncture

La localisation en acupuncture traditionnelle repose généralement sur les points d’acupuncture et les méridiens. La technique 3C insiste davantage sur la correspondance précise entre le point douloureux et le point correspondant, en tenant compte de leur morphologie, de leur orientation et de leur localisation exacte. La clarification de ces relations peut contribuer à réduire les tentatives de puncture à l’aveugle et la sélection de régions trop étendues, permettant ainsi de passer d’une « sélection approximative d’une zone » à une « localisation précise ».

3. Améliorer la reproductibilité des effets thérapeutiques

Lorsqu’un résultat thérapeutique ne peut être obtenu que par quelques médecins se fiant à leurs impressions personnelles, il est difficile de généraliser la méthode. Ce n’est qu’en traduisant les lois de correspondance du corps humain en critères précis de localisation, d’orientation et de pratique que les autres chercheurs et cliniciens pourront les vérifier de manière reproductible. La géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise peut ainsi contribuer à transformer une expérience individuelle en connaissances partagées, susceptibles d’être enseignées, reproduites et vérifiées.

4. Favoriser la standardisation et la normalisation de l’acupuncture

Les relations géométriques du corps humain peuvent être décrites à partir des repères osseux, des proportions de longueur, des orientations spatiales et des niveaux de correspondance. Elles peuvent également être représentées au moyen de l’anthropométrie, de la modélisation tridimensionnelle et des technologies informatiques. Cela favorise l’établissement d’une terminologie commune, de méthodes de localisation uniformisées, de procédures opératoires normalisées et de critères d’évaluation des résultats thérapeutiques, tout en réduisant les différences entre les praticiens.

5. Établir les bases de l’intelligence artificielle et de l’acupuncture numérique

Si les lois de correspondance du corps humain peuvent être mathématisées et modélisées, elles pourront être transformées en règles interprétables par un ordinateur. À l’avenir, des modèles tridimensionnels du corps humain, l’imagerie médicale, l’anthropométrie et l’intelligence artificielle pourraient être utilisés pour calculer automatiquement les points de correspondance possibles à partir de la localisation de la douleur. La localisation des points d’acupuncture pourrait ainsi évoluer progressivement d’un jugement empirique vers une prise de décision assistée par les technologies numériques.

6. Favoriser un dialogue approfondi entre la médecine traditionnelle chinoise et les sciences modernes

La modernisation de la médecine traditionnelle chinoise ne devrait pas se limiter à réinterpréter des concepts anciens au moyen de la terminologie de la médecine moderne. Elle devrait également développer ses propres méthodes lui permettant de formuler des questions, d’établir des hypothèses et de les soumettre à la vérification. L’association du raisonnement géométrique et de l’expérimentation clinique offre une voie opérationnelle à la recherche en médecine traditionnelle chinoise. Elle préserve l’importance que celle-ci accorde aux relations globales du corps humain, tout en introduisant des méthodes scientifiques telles que le raisonnement mathématique, la vérification comparative et la répétition expérimentale.

VII. L’établissement de la géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise exige une méthodologie rigoureuse

Pour que la géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise puisse véritablement devenir une discipline, elle ne doit pas reposer uniquement sur des cas cliniques couronnés de succès. Il convient également d’examiner si, au-delà des correspondances géométriques observées, d’autres possibilités peuvent être envisagées. Les recherches futures devront adopter des méthodes plus rigoureuses, notamment :

Premièrement, définir clairement chaque type de correspondance, son orientation et son champ d’application, afin d’établir une terminologie uniforme.

Deuxièmement, consigner avec précision le point de stimulation et le point douloureux, en indiquant le côté gauche ou droit, la face antérieure ou postérieure, médiale ou latérale, la flexion ou l’extension, ainsi que les repères osseux et les distances.

Troisièmement, utiliser comme témoins des points voisins ne présentant pas de correspondance, des points homolatéraux ou d’autres localisations, afin de comparer les effets immédiats obtenus selon les différents emplacements.

Quatrièmement, recourir à des échelles uniformisées d’évaluation de la douleur, de l’amplitude des mouvements et des capacités fonctionnelles, afin d’éviter que les conclusions ne reposent uniquement sur des descriptions subjectives.

Cinquièmement, mener des vérifications répétées, des observations en aveugle et des études multicentriques afin d’évaluer la reproductibilité des résultats entre différents médecins, différents patients et différentes pathologies.

Sixièmement, consigner non seulement les cas de réussite, mais aussi les cas d’inefficacité et les erreurs de localisation, afin d’analyser les indications, les limites de la méthode et les causes d’échec.

Septièmement, utiliser la numérisation tridimensionnelle du corps humain, la capture du mouvement, la modélisation informatique et l’analyse statistique afin de transformer les relations morphologiques en données mesurables.

Une véritable théorie scientifique doit être capable de formuler des prédictions vérifiables et doit également permettre aux résultats expérimentaux de la corriger. Ce n’est qu’au moyen de validations cliniques continues, rigoureuses et publiquement accessibles que la géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise pourra progressivement évoluer d’une découverte clinique prometteuse vers un domaine de recherche pleinement établi.

VIII. Conclusion

La découverte de la technique 3C suggère que le corps humain pourrait présenter non seulement les relations déjà décrites par l’anatomie, la physiologie et la théorie des méridiens, mais aussi des relations géométriques qui n’ont pas encore fait l’objet d’études systématiques. La similitude, la symétrie, le croisement, l’inversion, l’orientation et la localisation précise pourraient constituer ensemble une forme d’organisation structurelle interne du corps humain.

Depuis la réflexion suscitée par le traitement d’une douleur du calcanéum controlatéral à l’aide des points Guguan, Muguan et Zhongguan, jusqu’à la vérification successive des correspondances entre les doigts et les orteils, puis entre les métacarpiens et les métatarsiens, le processus de formation de la technique 3C montre qu’une observation clinique peut conduire à la formulation d’une hypothèse géométrique. Cette hypothèse peut ensuite permettre de déduire de nouvelles positions correspondantes, lesquelles doivent à leur tour être vérifiées dans la pratique clinique.

L’idée fondamentale de cette démarche de recherche est la suivante : la forme est une information, la position a une signification.

Le développement de la recherche sur la géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise ne vise pas à remettre en cause la théorie des méridiens, l’anatomie, la physiologie ou les neurosciences, mais à leur ajouter une dimension de recherche longtemps négligée. Les raisonnements mathématiques et géométriques peuvent nous aider à découvrir des lois à partir d’expériences fragmentaires, tandis que l’expérimentation clinique permet de déterminer si ces lois sont réelles et fiables. L’association de ces deux démarches pourrait favoriser l’évolution de l’acupuncture en médecine traditionnelle chinoise vers davantage de standardisation, de scientificité, de normalisation, de précision et de numérisation.

Par conséquent, l’établissement de la géométrie du corps humain en médecine traditionnelle chinoise ne concerne pas uniquement le perfectionnement théorique de la technique 3C elle-même. Il pourrait également ouvrir une nouvelle voie permettant de reconsidérer la structure du corps humain, de développer une acupuncture de précision et de favoriser l’innovation scientifique en médecine traditionnelle chinoise. Sans étude des relations géométriques du corps humain, notre compréhension de la médecine et du corps humain pourrait continuer à être privée d’une dimension essentielle. En ce sens, une médecine dépourvue de géométrie est effectivement une médecine qui demeure encore incomplète.

Le 23 août 2026, à Genève

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